L’innovation combinatoire

L’invention de l’imprimerie par Gutenberg au XVième siècle est un cas classique d’innovation combinatoire. Tous les éléments clés de l’imprimerie avaient été développés séparément bien avant lui et notamment la presse, qui était une presse à raisin à l’origine. Le génie de Gutenberg n’a donc pas été de découvrir from scratch le principe et les éléments nécessaires à l’imprimerie mais d’avoir emprunté une technologie mature d’un secteur complètement différent et de l’avoir utilisée pour résoudre un problème disjoint.


Ce contenu nous a été inspiré par le livre de Steven Johnson, Where Good Ideas Come From. Steven Johnson collabore régulièrement avec The New York Times, The Wall Street Journal et The Financial Times. Ses terrains de prédilection : les sciences et les technologies.


Exaptation

Les biologistes de l’évolution ont un mot pour ce genre d’emprunt : l’exaptation.

Un organisme développe un trait particulier pour un usage spécifique puis ce trait est détourné de son usage premier pour une fonction complètement différente. L’exemple le plus connu est celui des plumes, initialement développées comme un outil de régulation thermique pour des non volants et qui devient essentiel pour contrôler les flux d’air au dessus des ailes des oiseaux.

L’histoire de l’Internet est celle d’une exaptation permanente. Lorsque Tim Berners-Lee met au point le HTML et crée une plate-forme académique pour partager les résultats de recherche grâce au format hypertexte il est loin de se douter que quelques années plus tard ce même format permettra le développement du shopping en ligne, du partage de photos, des réseaux sociaux.

De même, lorsque Sergey Brin et Larry Page inventent PageRank en utilisant le nombre de liens entre les pages web comme un indice de leur pertinence, ils utilisent un trait adapté à la navigation – le lien hypertexte – dans une nouvelle fonction d’évaluation. Ils vont bâtir un empire digital, Google, sur cette exaptation.

Martin Ruef, un professeur à la Stanford Business School a mené une étude à la fin des années 90 pour évaluer les relations entre l’innovation (mise sur le marché de nouveaux produits, dépôts de marques, brevets) et la diversité / densité des réseaux personnels de 766 entrepreneurs diplômés de Stanford.

La conclusion est sans équivoque : les entrepreneurs les plus créatifs ont toujours des réseaux sociaux larges et horizontaux, qui s’étendent bien au delà de leur entreprise, de leurs familles habituelles et qui intègrent des expertises et des champs d’actions divers et variés. Les réseaux verticaux et peu diversifiés se sont révélés être jusqu’à trois fois moins innovants.

Cultivez vos hobbies et vos relations :

  • développez le « serial tasking » : passer d’un projet à un autre, d’un univers à un autre de manière régulière peut générer des réflexions transverses, « cross discipline » et des situations d’exaptation où on utilise des outils d’une discipline pour résoudre les problèmes d’une autre
  • élargissez le cercle de vos relations, sortez de votre zone de confort

Vous aimerez aussi…

Envie d’aller plus loin ?